Les peuplades tribales, reines des montagnes du Kilimandjaro

Publié le par Didier

Quand on parle de tribus en Tanzanie, on pense bien évidemment en premier aux Masaï. Mais ce serait oublier que d'autres peuples habitent les montagnes du Kilimandjaro.

 

La population du Kilimandjaro est composée de différentes tribus qui pratiquent l’agriculture et élevage. Les plus connus sont sans aucun doute les Masaï, peuple noble et fier qui garde les traditions de leurs ancêtres. Les Masaï occupent les piémonts au Nord et à l'Ouest de la montagne. Un article leur est déjà entièrement consacré, cliquez ici.

 

Les Ongamo se concentrent actuellement dans la région de Rombo, au Nord-Est du Kilimandjaro, mais sont en voie d'assimilation parmi les Chagga. Ils conservent une tradition apicole et pastorale en lisière supérieure de la forêt.

 

peuples KilimandjaroLe peuple Chagga, ou Wachagga, est quant à lui réparti sur les versants au Sud et à l'Est du Kilimandjaro dans la région de Moshi, et près du Mont Meru. Avec une population estimée à 2 millions, c'est le troisième groupe ethnique en importance en Tanzanie.

 

Les missions religieuses ont largement participé à l'alphabétisation des Chagga et à leur modernisation. Ils ont ainsi été le premier groupe tribal à se convertir au christianisme, ce qui leur a permis d'accéder à l'éducation et la santé au même titre que les chrétiens du pays.

 

Ils sont gouvernés par les Mangi, leurs chefs de clan. Administrativement, les limites des villages sont en partie le reflet des anciens clans et chefferies, et sont regroupés en districts. Connus pour leurs facilités d'adaptation, ils sont la plupart du temps cultivateurs ou commerçants. Les villages Chagga autour du Kilimandjaro attribuent un lopin de terre à chaque famille. De nombreux Chagga sont aujourd'hui chefs d'entreprise dans le tourisme, ou encore entrepreneurs dans de grandes villes.

 

ChaggaLa langue chagga, ou kichagga, est en réalité divisé en trois langues, le chagga occidental, le chagga central et le chagga oriental ou rombo, comprenant elles-mêmes plusieurs dialectes. Chaque dialecte a ses propres termes, à tel point que des locuteurs parlant deux Chaggasdialectes différents du chagga occidental auront des difficultés à communiquer, et feront face à une incompréhension presque totale avec des locuteurs du chagga oriental.

 

Bien que le christianisme ait été introduit de force, les Chagga ont gardé bon nombre de leurs traditions ancestrales. Ils croient ainsi en l'existence des sorcières (wusari) ayant la capacité de faire pleuvoir, et voient dans les rêves des présages. Pour marquer le passage des garçons à l'âge adulte (mbora), il existe un rite de passage relativement violent appelé ngasi. Les mariages sont encore souvent arrangés par les familles.

 

Ils portent une attention toute particulière à leurs défunts, en pensant qu'ils ont une influence sur leur destin. Leur dieu s'appelle Ruwa. Ils pratiquent un genre de confession accompagnée de décoctions pour écarter le mauvais sort de la victime. C'est le guérisseur qui est en charge de cet acte, en plus de ses fonctions médicinales. Seuls les individus mariés sont attachés en position repliée puis inhumés face au Kibo. Les jeunes et mort-nés sont enroulés dans des feuilles de bananiers et souvent déposés au pied d'un arbre. Des sacrifices d'animaux ont lieu durant les neuf jours qui suivent l'enterrement afin d'accompagner l'âme du défunt.

 

Case traditionnelle ChaggaLa propriété Chagga typique est constituée par une concession (muri ou mri) au centre de laquelle se trouve la case (mmba), dépourvue de murs et dont le toit, formé de perches de bois, de branchages d'épineux et de chaume, repose directement sur le sol. Elle est de forme haute et conique à l'Est entre Rombo et Moshi, basse et voûtée à l'Ouest.

 

L'espace du côté aval est partagé avec les animaux (chèvres, bovins). Au fond, le côté amont est réservé aux humains pour prendre les repas, recevoir les visiteurs, dormir et ranger les ustensiles domestiques. La couche est faite à base de feuilles de bananier recouvertes par une peau de bête. Les deux espaces sont séparés par des piquets et par le foyer au-dessus duquel sèchent les fruits et le bois de chauffe.

 

Ces cases traditionnelles ont été remplacées par des maisons rectangulaires (nshelu, mtshalo ou mshalo) en briques ou parpaings, crépies et peintes, aux fenêtres vitrées et au toit recouvert de tôle. La concession est entourée par une haie de plantes pour en assurer la sécurité.

 

Deux cours entourent l'habitat : une cour extérieure, à laquelle on accède par un portail, et qui permet aux enfants de s'amuser, et une cour intérieure à l'arrière qui permet d'extraire les graines de toutes sortes (céréales, café). Des annexes peuvent être construites sur la concession, tels que grenier, auvent à bière ou hutte.

 

enfants ChaggaDu point de vue ancien des Chagga, les zones cultivées se situent entre la savane aride, malsaine, vecteur de fièvres et arpentée par les guerriers Masaï d'une part, et la forêt de montagne d'autre part. L'agriculture est, dès la période précoloniale, marquée par un système productif relativement intensif, caractérisé par l'épandage du fumier issu de l'élevage sur des sols déjà fertiles.

 

Parmi les productions figurent en premier lieu les bananiers introduits depuis l'Asie du Sud-Est, probablement par les commerçants arabes vers le VIIIème siècle. La banane existe sous sa forme à manger « sur l'arbre », à cuire ou à bière, chacune ayant un qualificatif propre, montrant par là toute son importance. Les Chagga sont très friands de la fameuse « bière de banane », qu'ils appellent mbege, à base de millet et de banane fermentés. L'arbre et le fruit sont au cœur de nombreuses traditions et jalonnent les événements tels que mariages, grossesses, naissances et décès.

 

Plats ChaggaLes tubercules comme l'igname, le taro et plus récemment la patate douce ont également un rôle essentiel dans l'alimentation Chagga. Deux céréales sont cultivées : l'éleusine, originaire d'une région entre l'Ouganda et l'Éthiopie, et le maïs, introduit par les Portugais depuis les Antilles.

 

Les parcelles où sont cultivées les céréales et la plupart des tubercules sont irriguées par de véritables réseaux de canaux, puis laissées en jachère généralement au bout de deux ou trois ans. Au Sud, l'agriculture s'est modernisée (engrais, tracteurs, emploi de main-d'œuvre) alors qu'elle est restée plus traditionnelle et principalement féminine à l'Est.

 

L'introduction de la culture du café date de la toute fin du XIXème siècle, mais son essor n'a lieu qu'à partir des années 1920, sous l'impulsion d'une coopérative de petits producteurs locaux. L'élevage est également essentiel pour les Chagga. Le bétail, comprenant bovins (zébus, caprins et ovins) fournit viande, lait et sang frais.

 

Les Chagga ressentent les changements bioclimatiques au travers de l'assèchement durable des rivières présentes dans le passé de manière quasi continue sur le versant oriental. Ces changements provoquent directement une baisse de l'agriculture dans les régions alentours, et forceront les tribus locales à quitter les montagnes du Kilimandjaro d'ici quelques décennies...

 

tribu Chagga

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SYLVIE 25/08/2010 01:35



bonjour je survole
votre jolie blog
pour s'invite au bord de mer
amitié sylvie



Didier 25/08/2010 10:36



Merci beaucoup