J7 - Le froid, les glaciers, et le Pic Uhuru au soleil levant

Publié le par Didier

Une nuit d'effort, une longue marche dans le froid, et des paysages de rêve au petit matin...

 

Le réveil à 23h est difficile, surtout après juste 2h30 de sommeil... De plus, j'ai eu des tremblements pendant presque 30 minutes avant de m'endormir, ce n'était pas dû au froid, mais sûrement une petite angoisse avant d'affronter les derniers 1 300 mètres de dénivelé qui me sépare du Toit de l'Afrique.

 

Affaires ascensionJe prends bien mon temps pour m'habiller car les températures sont glaciales dehors, et je dois accumuler les couches pour éviter d'avoir froid pendant les heures à venir. J'enfile ainsi mes collants thermiques, mon pantalon de randonnée et un surpantalon, et je fixe encore mes guêtres hautes par-dessus mes chaussures. Pour le haut, je choisis mon T-shirt à manches longues, un maillot chaud, une polaire et ma veste coupe-vent, ainsi que mon écharpe, mon bonnet polaire et mes petits gants pour le début de l'ascension.

 

Après avoir avalé des barres céréales et du chocolat, le départ est donné à minuit. Armé de ma lampe frontale, je commence à suivre notre guide dans la nuit. Le rythme est assez soutenu, et on dépasse assez vite plusieurs groupes partis avant nous. Dans la nuit, les frontales de tous les randonneurs donnent l'impression d'une véritable farandole de lumières sur la montagne, mais cela ne m'empêche pas d'apercevoir la Voie Lactée dans le ciel dégagé.

 

Assez rapidement cependant, l'euphorie des premières minutes cesse, et je ressens les efforts fournis ces derniers jours, la fatigue et les courbatures étant bien présentes dans les jambes comme dans les bras. Au fur et à mesure de la montée, et alors qu'il fait déjà presque -15°C, le vent se fait également de plus en plus présent.

 

De mon côté, j'ai vraiment très froid, Padrig me dit même que j'ai carrément les lèvres violettes ! L'ajout d'une seconde polaire et des gros gants n'y changera pas grand chose... Je lutte dans la montée contre ce froid qui m'endort littéralement. D'ailleurs, à chaque petite pause, j'ai des phases de micro-sommeil. Je manque même plusieurs fois de m'endormir en marchant, me rattrapant au dernier moment avec mes bâtons !

 

Après le froid, l'humidité et la fatigue, le manque d'oxygène commence également à se faire sentir, rendant l'ascension de plus en plus difficile. Le seul fait de boire quelques gorgées d'eau m'essouffle littéralement... Les respirations se font de plus en plus grandes et profondes à mesure que je monte, et je fais souvent des petites pauses pour reprendre mon souffle, tout comme les autres personnes du groupe.

 

Cette ascension nocturne est vraiment dure. Padrig dit plusieurs fois pole-pole à l'attention de notre guide pour ralentir un peu notre progression. Chacun semble lutter à son niveau pour continuer, et puise son énergie où il peut. Je ne lève même plus la tête pour voir où j'en suis. Plus personne ne parle dans le groupe, notre silence se mêle désormais à celui de la montagne...

 

Mais je sais pourquoi je veux atteindre ce sommet, pour me prouver des choses à moi-même et aux autres. Et c'est ce à quoi je pense pendant toute la montée. J'ai des pensées pour ma petite soeur, mes parents, ma famille, tous mes amis qui m'ont soutenu ces derniers mois et qui croient en moi. Je revois chacun des visages de ces personnes si chères à mes yeux, et pour eux je sais que j'irai au bout de moi-même, de mes capacités, de mes limites...

 

Alors je continue à avancer dans cet état semi-conscient, en me focalisant uniquement sur la personne devant moi. Je reste concentré sur sa foulée, suivant son rythme tant bien que mal. Le froid engourdit mon esprit, je ne sais plus vraiment où je vais, mais je ne pense à rien d'autre à part mettre un pied devant l'autre, encore une fois, et encore une fois...

 

Je rejoins enfin Stella Point à 5 750 mètres d'altitude vers 6h15, et je profite de quelques minutes de répit aux premières lueurs du jour. Les derniers mètres de dénivelé se font à présent sur une pente plus douce et plus facile, mais la marche se fait toujours aussi lentement. Je continue en direction du sommet au moment même où le soleil comme à se lever et à embraser la ligne d'horizon, découvrant les fabuleux paysages qui m'entourent. L'immense glacier que je longe prend alors avec cette aurore des teintes pastel, dans un ciel bleu, blanc et rose.

 

Glacier au soleil levant

 

Tout en continuant ma lente progression, je commence à découvrir les paysages à l'intérieur du cratère du Kibo. J'aperçois aussi la pointe du Mont Méru, ainsi que l'ombre du sommet du Kibo dans les nuages teintés d'orange en ce petit matin. Je marche au-dessus des nuages, comme coupé du reste du monde par cette barrière de brume multicolore. C'est tout simplement magique !

 

Ombre du Kilimandjaro   Glaciers dans le cratère

 

J'atteins finalement le panneau indiquant le sommet vers 6h45, ça y est, j'ai réussi, j'ai atteint le Pic Uhuru, sommet du Kilimandjaro ! Une joie immense m'envahit, mais avec tous les efforts que j'ai fournis dans la montée, j'ai du mal à laisser exprimer mes sentiments. D'ailleurs, un faible "On l'a fait !" à l'adresse de Padrig sera les seuls mots qui sortiront de ma bouche engourdie. Il me faudra encore plusieurs heures pour réaliser l'exploit que je viens tout juste d'accomplir.

 

Notre groupe au panneauMichèle, Padrig, moi et Yannick au sommet du Kilimandjaro

 

Toutes les personnes du groupe se congratulent chaleureusement. Les visages sont heureux, mais marqués par l'effort de la nuit. Je ne reste malheureusement pas longtemps au sommet, après ces quelques minutes de bonheur c'est déjà l'heure de la redescente vers le campement de la nuit passée...

 

Mais le spectacle est loin d'être terminé, et je profite encore pleinement de la vue magnifique sur les majestueux Glaciers Kersten et Rebmann à côté du sommet, ainsi que sur la partie sommitale du Kibo avec le Cratère Reusch.

 

Glacier   Glacier2

 

Glacier 3   Cratère

 

La descente est bien plus rapide et facile que la montée, j'alterne courses et glissades, tout en profitant de la vision du Mont Mawenzi en face de moi. Le soleil est désormais haut dans le ciel et me réchauffe agréablement, ce qui est plus qu'appréciable après la nuit glaciale que je viens de passer.

 

Dans la descente, je croise encore d'autres randonneurs qui eux montent toujours, certains sont tellement à bout de force qu'ils se font même tirer voire porter par leurs guides jusqu'au sommet ! Je les encourage au passage, preuve d'une grande solidarité et convivialité entre les personnes dans cette aventure. En voulant se dépasser soi-même, on cherche à transcender les autres avec nous.

 

Mawanzi et glacier

 

Revenu au camp, et après avoir prévenu ma soeur, mes parents et mes meilleurs amis de la réussite de mon ascension, la fatigue me rattrape et je m'endors une petite heure... Bien que la journée fut déjà riche en émotions et en marche, elle est, en revanche, loin d'être finie ! Ainsi, après un léger repas, je me prépare pour partir au Camp de Mweka, situé encore 1 500 mètres plus bas.

 

Vue dans la descente   Camp

 

Le chemin me rappelle la route de la veille, je trouve juste quelques roches éparses recouvertes de lichens, le tout perdu dans une brume. Ça change radicalement avec les visions fantastiques des glaciers de ce matin... Mais assez rapidement, avec des températures plus douces à ces altitudes, la végétation commence à refaire son apparition avec des herbes et des fleurs.

 

Vers Mweka Camp   Végétations vers Mweka Camp

 

J'atteins le Camp de Mweka situé à 3 100 mètres d'altitude en milieu d'après-midi, et je suis somme toute assez fatigué de cette dernière marche. La descente a mis à mal mes genoux, peu habitués à ce genre d'efforts depuis le début de l'aventure. Heureusement, le réconfort arrive rapidement avec la dégustation de la bière Kilimandjaro pour fêter tous ensemble notre ascension couronnée de succès !

 

Avec les efforts de la nuit et de cette après-midi, et après un copieux diner, je ne tarde pas à aller me coucher, et je me prends à rêver des glaciers au sommet du Kilimandjaro...

Publié dans Carnet de voyage

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Commenter cet article

Germain 24/10/2013 12:34


Quel plaisir de revivre cette aventure et toutes ces émotions !


Merci pour le partage :)


Si tu as la curiosité je partage la mienne ici : http://travelmakepeople.wordpress.com/2013/06/24/le-kilimandjaro/


Bonne continuation sur le GR20, je l'ai fait également, c'est magnifique, fonce :)

camille 13/10/2010 18:28



Courses ? J'ai bien lu "courses" ? T'es vraiment ouf toi.


Toutes mes félicitations en tout cas, quel superbe exploit !



Didier 14/10/2010 00:00



Dans la descente, c'était un mélange de sable et de petits cailloux, je pouvais facilement me laisser glisser dessus, c'était comme skier, mais sans skis



Marie-Pier 10/10/2010 04:08



Formidable! Je suis fière de toi!






Didier 10/10/2010 09:54



Merci Marie-Pier