Découverte et première ascension du Toit de l'Afrique

Publié le par Didier

« Vers 10 heures, je vis quelque chose de remarquablement blanc au sommet d'une haute montagne et cru d'abord qu'il s'agissait de nuages, mais mon guide me dit que c'était du froid, alors je reconnus avec délice cette vieille compagne des Européens qu'on appelle la neige. », Johannes Rebmann lors de sa découverte du Kilimandjaro en 1848, dans le journal Church Missionary Intelligencer.

 

Depuis l'antiquité, de nombreux récits de marchands et d'explorateurs ont fait écho d'une montagne blanche au coeur de l'Afrique. Une légende Chagga des peuplades vivant dans la région du Kilimandjaro affirme même que la première ascension du Kilimandjaro fut réalisée par l'un des plus grands rois d'Afrique, Ménélik, premier roi d'Abyssinie, et fils du roi Salomon et de la reine de Sabbah.

 

Martin Fernández de EncisoBien qu'aucune référence n'ait été clairement définie au fil des siècles, cette montagne a continuellement fait parler d'elle par des voyageurs Arabes et Chinois, qui la décrivent comme une grande montagne neigeuse et qu'ils appellent parfois les « Monts de la Lune ».

 

En 1519, Martín Fernández de Enciso, navigateur et géographe Espagnol, pourrait bien être le premier à véritablement évoquer la montagne du Kilimandjaro. Il écrit d'ailleurs dans son recueil Suma de Geografia : « A l'ouest se trouve l'Olympe d'Éthiopie qui est très haut, et plus loin encore se trouvent les monts de la Lune où sont les sources du Nil. Dans toute cette région se trouve une grande quantité d'or et des animaux sauvages »

 

Johannes RebmannMais c'est grâce à l'évangélisation de l'Afrique de l'Est par la Church Missionary Society que le Kilimandjaro a été clairement découvert. Ainsi, Johannes Rebmann, missionnaire Allemand, est envoyé à Mombasa en 1846 pour aider Johann Ludwig Krapf, un explorateur Allemand qui est atteint de malaria. Le 27 avril 1848, accompagné d'autochtones, il part à la découverte du royaume chagga de Kilema dont Krapf et lui ont entendu parler sur la côte. Le 11 Mai, il découvre alors sans s'y attendre cette montagne formée d'un dôme blanc. Son attention est directement portée sur la présence de la neige, ce qui ne manque pas de l'étonner à cette latitude.

 

Cette découverte est rapportée à Londres en avril 1849, mais est fortement contestée, personne ne voulant croire à la présence de neiges éternelles à cet endroit d'Afrique, et ce malgré la confirmation de Krapf six mois plus tard. La controverse alimente la curiosité des géographes et plusieurs expéditions s'enchaînent pour éclaircir définitivement cette question.

 

CarteEn 1856, le Kilimandjaro est représenté pour la première fois sur la « carte limace » tracée par Rebmann et Erhardt, carte qui illustre certaines des découvertes des missionnaires. Ce sera finalement l'expédition du baron Allemand Karl Klaus von der Decken accompagné du jeune botaniste Britannique Richard Thornton qui permet de confirmer l'existence des neiges sur le sommet en 1861.

 

Toutefois, l'accès au Kilimandjaro reste difficile pendant les décennies qui suivent. Le chemin de la côte à la montagne est long et semé d'embûches, avec les animaux sauvages, les pillards et la rudesse du climat. De plus, les caravanes rechignent à monter en raison de la peur qu'inspirent les guerriers Masaïs.

 

Pendant les années qui suivent, les premières tentatives d'ascension sont autant d'échec pour les scientifiques et explorateurs. Ainsi, en 1887, le comte Hongrois Sámuel Teleki et l'Autrichien Ludwig von Höhnel ne dépassent pas les 5 300 mètres d'altitude en raison d'une douleur au tympan ressentie par Teleki. Fin Novembre 1888, l'explorateur Allemand Otto Ehrenfried Ehlers arrive quant à lui à 5 740 mètres d'altitude.

 

En 1887, le géologue Allemand Hans Meyer, bien que conseillé par Teleki, échoue dans sa première tentative à 5 400 mètres d'altitude par manque de matériel pour affronter la glace du sommet. Il recommence l'année suivante, accompagné du géographe Autrichien Oscar Baumann, mais les deux hommes sont faits prisonniers au cours de la révolte d'Abushiri et doivent verser une rançon de 10 000 roupies.

 

Hans MeyerAprès ces deux échecs, Meyer décide de se faire accompagner de son ami Ludwig Purtscheller, un alpiniste Autrichien, ainsi que de Yohanas Kinyala Lauwodu, un soldat wachagga. Bien préparés et soumis à une discipline très stricte, ils atteignent enfin, le 3 octobre 1889, le cratère du Kibo à 5 860 mètres d'altitude. Les hommes constatent que, pour escalader le sommet, il leur faut contourner la crête rocheuse. Ils parviennent au sommet le 5 octobre 1889 après avoir passé plusieurs heures à tailler au piolet des marches dans la glace les jours précédents. Ils baptiseront le sommet Kaiser-Wilhelm-Spitze, nom qui restera jusqu'à l'indépendance du Tanganyika en 1961. Ils entreprennent par la suite l'ascension du Mawenzi et passent au total seize jours à plus de 4 000 mètres d'altitude en étant confrontés à des températures proches de -14°C.

 

L'expérience de Meyer est déterminante dans le choix d'établir des camps approvisionnés par les porteurs tout au long du parcours afin de pallier le manque de nourriture en cas de tentatives répétées. Les Allemands construiront d'ailleurs de nombreux refuges dans la montagne au cours des années suivantes, qui seront propices à de nouvelles expéditions par des voies différentes.

 

Depuis, l'ascension du Kilimandjaro est très prisée par de nombreux randonneurs. Ainsi, chaque année, environ 20 000 personnes franchissent l'entrée du parc national du Kilimandjaro et réalisent son ascension, en suivant les voies de ces glorieux explorateurs passés.

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7kra8fdd0w 02/01/2020 03:08

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Camille 30/08/2010 10:39



Ah tiens, un Monsieur Meyer. Ca sonne familier ;-p



Didier 30/08/2010 13:55



Hihi, tu vois, j'étais destiné à y aller